Contes et légendes du Vietnam

Le premier moustique

L'arbalète magique

Le Génie du Vent et le Génie de la foudre

Le lac de l'épée restituée

 

Le premier moustique

Il n'existait pas dans tout le pays, de fille plus jolie que Nhan Diep. Nombreux était les jeunes gens des environs et même de loin qui la souhaitaient pour femme, mais Nhan Diep, très conscient de sa beauté, repoussait l'un après l'autre tous ses prétendants. Elle rêvait qu'un jour un beau mandarin passerait par là et l'emmènerait dans sa maison, où elle vivrait dans le luxe et l'abondance. Mais comme le temps passait et qu'aucun mandarin ne se présentait, elle fini par épouser le jeune paysan Ngoc Tam ; elle savait en effet qu'il aimait de tout son cœur et qu'il exaucerait ses moindre caprices. Ngoc Tam était si heureux qu'il eût volontiers porté sa femme sur ses deux mains. Nhan Diep n'avait même pas à lever le petit doigt ; son mari, au petits soins pour elle, s'occupait de tout dans la maison. Il faisait jusqu'à jusqu'à la cuisine et à la vaisselle. Et la moindre piécette qu'il réussissait à épargner, il la transformait aussitôt en cadeau pour sa femme adorée. Mais Nhan Diep n'était toujours pas satisfaite. Son âme insatiable réclamait sans cesse de nouvelles choses, tant et si bien que ce mécontentement perpétuel finit par la rendre malade et qu'elle en mourut.

La mort de son épouse frappa Ngoc Tam comme la foudre. Tout un jour et toute une nuit il resta assis au chevet de la défunte, versant des larmes brûlantes. Il alla jusqu'à refuser d'enterrer son corps. Il préféra le porter dans sa barque, où il le couvrit de fleurs. Puis il se laissa glisser avec lui au gré de la rivière. Eperdu de douleur, il ne mangeait plus, ne dormait plus, mais ne faisait que de pleurer et se lamenter.

Le troisième jour, Ngoc Tam était si faible qu'il n'avait plus la force de gouverner sa barque. Celle-ci finit par s'échouer en un endroit peu profond, sur une rive où poussaient quelques rares fleurs et des mauvaises herbes. Ngoc Tam mit pied à terre pour aller cueillir des fleurs fraîches, et se retrouva face à un noble vieillard appuyé sur un bambou. Sa chevelure et sa barbe avaient la blancheur du coton, mais son vissage rayonnait de jeunesse et ses yeux brillaient comme des charbons ardents.

Ngoc Tam compris qu'il avait devant lui l'Esprit du Sud, dont on dit qu'il connaît les vertus des plantes, qu'il peut guérir les malades et même ramener les défunts à la vie. Le mari éploré se jeta à terre devant le Génie et l'implora avec désespoir : " ô puissant Esprit, daigne m'écouter ! Arrache à l'amertume du chagrin, ramène à la vie mon épouse bien-aimée ! "

Le vieillard ordonna à Ngoc Tam de se relever et dit : " Tu viens d'émettre un funeste souhait, malheureux. Demande-moi plutôt autre chose. Je connais la noblesse de ton cœur et ta générosité sans bornes. Deviens mon élève, afin d'apprendre à soulager ceux qui souffrent. Il s'agit d'une tâche digne des meilleurs ! " Mais Ngoc Tam fit la sourde oreille aux beaux discours du Génie. Il n'avait qu'un seul et unique souhait, et supplia tant et plus qu'il soit exaucé.

Finalement, le vieillard se laissa fléchir. Il accompagna Ngoc Tam jusqu'à sa barque et lui dit : " Si tu veux éveiller ta femme du sommeil éternel, offre-lui trois gouttes de ton sang. Mais réfléchis bien, tu pourras le regretter un jour ! "

Sans hésiter, Ngoc Tam tira son couteau et s'entailla un doigt. Puis il fit tomber un peu de sang sur les lèvres de la morte. A l'instant où la troisième gouttes la toucha, les joues livides de la jeune femme reprirent leurs couleurs, elle ouvrit les yeux et murmura avec étonnement : " Ah je viens de faire un étrange rêve !"

"Ce n'était pas un rêve femme ! " déclara l'Esprit du Sud. " Ton âme avait déjà franchi le grand fossé qui sépare le monde des vivants au royaume des morts. Seul l'immense amour que te porte ton époux a pu te ramener à la vie. Sache-le : toute femme doit respect et obéissance à son mari, mais toi en outre, tu lui es redevable de la vie ! Ne l'oublie jamais".

Puis le vieillard se retourna vers l'heureux homme : " Je te souhaite un bonheur éternel, mais je ne crois pas à la reconnaissance des hommes. Souviens-toi : Si un jour ta femme venait à te trahir, réclame-lui ce que tu lui as donné ! " Cela dit, il disparut.

Transporté par une joie inexprimable, Ngoc Tam installa sa femme dans la barque et se mis à ramer pour rentrer chez eux. Nhan Diep se fit raconter ce qui s'était passé, puis elle abaissa ses longs cils sur ses beaux yeux en amande." Crois-moi chéri, je n'oublierai jamais ce que je te dois ! " promit-elle. Ngoc Tam, modeste, fit un petit geste de la main. " Le principal est que nous soyons de nouveau ensemble ! " déclara-t-il d'une voix émue.

Vers le soir ils atteignirent une ville. Ngoc Tam arrima sa barque à la berge et se rendit au marché pour acheter de quoi manger. A peine était-il parti qu'une grande jonque vint s'amarrer juste à côté de la barque où Nhan Diep était assise. Le propriétaire, un riche marchand, fut aussitôt séduit par la belle jeune femme et il l'invita à prendre une tasse de thé sur son bateau. " Tu peux aussi admirer les étoffes de soie et de brocart que j'ai à bord, ma beauté ", proposa-t-il. " Peut-être qu'un coupon te plaira".

Nhan Diep ne refusa pas longtemps. Et tandis qu'elle était assise à boire du thé, le marchand fit hisser les voiles et l'emmena.

Ngoc Tam, à son retour, trouva la barque vide. Il courut en tous sens sur la berge, affolé, cherchant sa femme, quand un pêcheur lui apprit ce qui était arrivé. Alors il sauta vite dans sa barque et se mit à ramer de toute ses forces pour rattraper la jonque. Mais celle-ci, bien sûr, était déjà loin.

Un mois entier, le malheureux mari chercha sa femme. Un jour, enfin, il aperçut la jonque dans le port : Nhan Diep se tenait sur le pont, vêtue de brocard et de soie. L'existence qu'elle menait lui plaisait tant, qu'elle avait oublié son époux depuis longtemps. Et quand elle le vit surgir devant elle, amaigri et en haillons, une ombre de contrariété passa sur son visage.

" Quand donc décideras-tu à me laisser en paix ? " cria-t-elle. " Crois-tu sérieusement que j'ai pu éprouver le moindre plaisir à épouser un pauvre idiot comme toi ? Je possède enfin tout ce dont j'ai rêvé ma vie durant. Et toi, je ne veux plus jamais te revoir ! "

Alors Ngoc Tam comprit pour la première fois qu'elle ne l'avait jamais aimé. L'avertissement du Génie lui revint en mémoire, ainsi que son ordre. Aussi déclara-t-il lentement : " Je veux bien exaucer ton souhait, mais tu me dois trois gouttes de sang. Rends-les moi, et tu ne me verra plus jamais ! " " S'il ne t'en faut pas plus ! "riposta Nhan Diep avec un rire satisfait. Heureuse de se débarrasser à si bon compte de son mari, elle tira une épingle à cheveux de sa coiffure compliquée et s'en piqua le doigt. Mais à peine avait-elle laissé tomber trois gouttes de sang que le sortilège du Génie avait perdu son pouvoir, et elle s'effondra sur le sol raide morte.

Mais même dans la mort, l'âme de Nhan Diep ne put trouver l'apaisement. Elle était tellement obsédée par son désir de richesses qu'elle se transforma en un petit insecte, et donna ainsi naissance au premier moustique. Sous cette forme, elle espérait en effet pouvoir reprendre à Ngoc Tam ses trois gouttes de sang et redevenir la belle Nhan Diep.

Depuis ce temps les moustiques ont proliféré sur la terre entière, et leur soif de sang dure encore de nos jours.

 

L'arbalète magique

Grâce à une arbalète magique offerte par un génie, le roi An Duong Vuong réussit à défaire l'armée chinoise. Ne pouvant lutter à armes égales avec ce dernier, le général chinois Triêu Dà dut faire la paix et dépêcha son fils Trong Thuy à la cour de Au-Lac (l'ancien Vietnam) du roi An Duong Vuong en gage de bonnes relations entre les deux pays.

Trong Thuy arriva à conquérir le cœur de la fille du roi An Duong Vuong et devint ainsi le conseiller intime du roi. Malgré l'affection et le profond amour qu'il portait à sa femme My Chau, il ne perdait pas de vue la mission dont l'avait investi son père : neutraliser l'arme magique qui permettait d'assurer la suprématie du roi An Duong Vuong.

Cet engin miraculeux était bien gardé dans un endroit connu seulement du roi et de sa fille. Celle-ci, après de nombreuses insistances de Trong Thuy, finit par lui montrer cette arme magique dont la gâchette était constituée d'une griffe de la Tortue d'Or. Profitant d'un moment d'inattention de la princesse, Trong Thuy réussit à décrocher la griffe de la Tortue d'Or et à la remplacer par une imitation. Peu de temps après, il prétexta la mauvaise santé de son père et demanda au roi de lui permettre de rentrer dans son pays.

Avant son départ, il demanda à sa femme : "Comment ferais-je pour te retrouver si par hasard tu devais un jour quitter le palais précipitamment?". "Tu pourras me repérer facilement, lui répondit-elle, car en cas d'urgence, je jetterai sur mon passage des duvets blancs de mon manteau".

Assuré de l'inefficacité de l'arbalète magique, le général chinois se lança à l'attaque du royaume Au-Lac. Le roi An Duong Vuong, ayant constaté le dysfonctionnement de son arme, prit la fuite en direction de la mer en emmenant sa fille en croupe sur son cheval. Arrivé près du rivage, il s'écria : "Génie de la Tortue d'Or, venez à mon secours". Celui-ci apparut aussitôt et pointa son index vers le roi en disant : "L'ennemi est derrière vous, sur la croupe du cheval".

Le roi se retourna et constata la traînée de plumes blanches semées sur la route. Furieux, il tira son épée, tua My Châu, puis suivit le génie de la Tortue d'Or dans les flots. Guidé par les plumes d'oie, Trong-Thuy retrouva le corps de sa femme sur la plage. Le sang qui s'en échappait fut absorbé par les huîtres et se transforma en perles roses. Désespéré, Trong-Thuy ramena le corps de sa femme à la capitale Cô-Loa et se suicida en se jetant dans un puits.

 

Le Génie du Vent et le Génie de la foudre

Parmi toutes les divinités, impossible de trouver meilleure paire d'amis que le Génie de la Foudre, Set, et le Génie des Vents, Gio. Rien de plus normal, après tout, car a-t-on déjà vu un bel orage sans un bon vent bien fort ? Les deux génies étaient connus partout comme de joyeux lurons, qui adoraient jouer toutes sortes de farces aux humains.

Le Génie de Vents était le seul dieu du royaume céleste à posséder son propre palais. Au début, il vivait en compagnie de d'autres divinités dans la demeure de l'Empereur du Ciel. Mais il se montrait tellement insupportable que les autres, très vite, se lassèrent de ses mauvais tours.

" Ecoute, Gio ", lui dit un jour l'Empereur du Ciel, " faut-il vraiment que tu souffles sans cesse ? Chacun se plaint ici d'un courant d'air perpétuel. "

Gio haussa les épaules et laissa entendre qu'il n'y pouvait rien, mais ses yeux pétillaient d'une joie maligne. L'Empereur continua sa réprimande : " Toutes les déesses rechignent : il paraît que tu les décoiffes et que tu arraches les rideaux. Il semblerait même que tu aies décroché à dessein les rubans qu'elles avaient mis à sécher sur un corde. "

Quand Gio se rendit compte que le souverain était sérieux, il promit de faire un effort. Mais ses bonnes résolutions ne durèrent pas longtemps. Un jour qu'il était invité à un repas de noce au palais et qu'il avait bu de bon vin qu'il ne pouvait en supporter, il éternua si fort que la table s'envola avec les mets et les boissons célestes. C'en fut trop pour l'Empereur du Ciel lui même, qui le chassa de sa demeure.

Gio se construisit donc son propre palais. Puis, comme il se sentait seul dans sa grande maison, il se maria. Peu après, sa femme lui donna un fils qui lui ressemblait trait pour trait : c'était un enfant aussi turbulent et aussi insupportable que son père. Sa mère ne parvenait à en venir à bout ; quand à Gio, il était toujours parti par monts et par vaux. Un jour où ses parent étaient absents de la maison, le petit garçon eu l'idée de jouer avec l'éventail de son père.

Cet éventail magique recelait en lui la force de tous les vents réunis : si on l'agitait très légèrement, un brise légère se mettait à souffler ; mais si l'agitait plus fort, c'était une tempête qui se déchaînait!

Le petit garnement secoua l'éventail de toutes ses forces et déclencha un terrible typhon qui courba les arbres comme des fétus de paille, détruisit les maisons, arracha les toits, enflamma les champs et saccagea les récoltes.

Gio, qui contemplait la terre du haut du ciel, fut saisi d'effroi quand il vit cet épouvantable gâchis. Il devina tout de suite qui en était la cause et rentra chez lui à vive allure. " Qui t'a permis de jouer avec mon éventail ? " hurla-t-il. " Regarde un peu les désastres que tu as provoqués ! " Et il infligea une bonne correction à son fils. Mais dès qu'il eut à nouveau quitté la maison, le garnement recommença à jouer avec l'éventail. Cette fois-ci, le typhon provoqua des inondations gigantesques dans lesquels les hommes moururent par milliers.

Quand l'Empereur du Ciel apprit l'affaire, il entra dans une terrible colère. Il appela Gio et l'informa de sa décision : " ton écervelé de fils doit payer pour ce qu'il a fait. C'est pourquoi je vais le changer en buffle afin qu'il se mette au service des homme et répare les dommages qu'il leur a infligés ".

Comme il n'y avait rien à faire contre la volonté du plus puissant des dieux, Gio reprit tristement le chemin de son palais. Depuis ce temps-là, il ne lâche plus son éventail magique. Mais quand, parfois, il repense à son fils et au sort cruel qui lui a été infligé, il se change alors en un ouragan furieux et souffle sur la terre avec une violence dévastatrice. Par bonheur, ses accès de rage ne durent jamais très longtemps : il se souvient très vite que son fils bien-aimé devra effacer par son travail les ravages du typhon, et il hâte de ranger son éventail.

Set, Génie de la foudre et inséparable acolyte de Gio, avait pour tâche de veiller au respect des lois divines par les hommes, et de punir avec sévérité les contrevenants. Dès que quelqu'un transgressait les ordonnances célestes, c'était un véritable calamité : Set empoignait son gigantesque marteau de feu et descendait en tombe quiconque se trouvait sur son chemin, même les innocents. Mais comme la balance du Maître du Ciel pèse très justement les bonnes et les mauvais actions, Le Génie de la foudre dut, lui aussi, payer pour ses fautes. Le souverain céleste ordonna à Set d'envoyer son fils Giong sur la terre, afin qu'il sauve le Viêt-Nam lors des heures difficiles. Mais il s'agit là d'une histoire…

 

Le lac de l'épée restituée

Il y a très longtemps de cela, régnait au Viêt-nam la dynastie chinoise des Ming. Le peuple n'avait pas la vie facile, sous la domination étrangère : les impôts augmen- taient chaque année, les corvées étaient de plus en plus insupportables et la misère sans cesse plus grande. Et quand, en plus de cela, la famine s'abattit sur tout le pays, la population finit par se soulever dans la province de Thanh Hoà, sous la conduite d'un homme nommé Lê Loi. Malheureusement, les rebelles, affaiblis par la faim et mal armés, subirent défaite sur défaite.

Alors l'Empereur du Royaume des Eaux, Lac Long Quân, eut pitié de ce peuple accablé et décida d'intervenir dans le cours des choses.

A cette époque-là vivait un pêcheur appelé Lê Thânh. Un matin, quand il voulut tirer son filet comme d'habitude, celui-ci lui parut plus lourd. " Enfin une bonne pêche ! " se dit-il. " Aurais-je pris une anguille, pour une fois ? "

Mais point d'anguille, ce n'était qu'une barre de fer. Déçu, Lê Thânh la rejeta dans l'eau. Lorsqu'il la remonta une deuxième fois, il jura comme un beau diable et l'envoya loin du bateau.

" Ce n'est pas possible, une chose pareille ! " pensait-il en lançant son filet pour la troisième fois. Cette fois encore, au lieu du poisson attendu, il pêcha la barre de fer. " Bouddha miséricordieux, ce n'est pas une barre, c'est une épée ! " cria-t-il alors, après l'avoir mieux regardée.

" Une véritable épée, à laquelle il ne manque que la poignée ! " Lê Thânh s'empara de l'épée et, quelque temps après, se joignit aux rebelles. Un jour, leur chef fit halte chez lui en compagnie de quelques soldats. Fatigués par une longue et pénible cavalcade, les insurgés furent heureux de voir apparaître la cabane du pêcheur. La pensée d'une tasse de thé vert, tellement rafraîchissant, et d'une sieste à l'ombre du banian leur fit pousser un soupir de bonheur ; car on était en plein midi, le soleil brillait de tous ses feux et dardait des rayons aussi brûlants qu'impitoyables sur tous les êtres vivants. Tandis que les hommes s'installaient confortablement à l'ombre, Lê Loi pénétra dans la hutte. Quand ses yeux se furent accoutumés à la pénombre, il découvrit brusquement dans un coin un objet très brillant qui semblait l'attirer avec une force magnétique.

" Comment une arme de ce prix se trouve-t-elle ici ? " se demanda-t-il, surpris. " Une telle épée serait digne d'un roi ! Dommage qu'elle n'ait plus de poignée... " Là-dessus, il ressortit pour interroger le pêcheur, qui servait du thé vert à ses hommes. Lê Thânh lui raconta tout. Après un court repos, les rebelles se remirent en route, oubliant vite l'épée et son histoire extraordinaire.

Le temps passa, s'écoulant comme l'eau du fleuve. Les insurgés subirent encore de nombreuses défaites, et leur chef Lê Loi avait le coeur de plus en plus lourd. " Un peu de solitude me ferait peut-être du bien ", se dit-il un jour.

Il sella son fidèle coursier et s'enfonça dans la forêt. Il était déjà loin quand il aperçut tout à coup, au plus profond des arbres, une lueur aveuglante. Chevauchant dans cette direction, il finit par atteindre un grand arbre. La mystérieuse lueur étincelait à son sommet. Lê Loi pimpa et constata bientôt qu'il s'agissait d'une poignée d'épée, magnifiquement ouvragée, que le soleil faisait resplendir.

" Où ai-je vu la lame qui va avec cette poignée ? " se demanda Lê Loi. Brusquement, l'histoire du pêcheur Lê Thânh lui revint. Dès le lendemain, il retourna le voir et lui montra la poignée, trouvée dans de si étranges circonstances.

" Croyez-moi, Seigneur, c'est le Ciel lui-même qui nous envoie cette épée pour nous aider dans notre juste combat ", déclara le pêcheur. " De toute évidence, ce n'est pas une épée ordinaire. "

Il avait raison : l'épée prodigieuse à la main, Lê Loi conduisit ses troupes de victoire en victoire. La chance était enfin du côté des insurgés. Bientôt le pays se trouva libéré, et Lê Loi devint son nouveau roi.

Une année passa. Le nouveau souverain séjournait la plupart du temps dans son palais, au coeur de la capitale, et consacrait ses heures libres à des promenades sur le lac. Un jour qu'il glissait sur le miroir des eaux dans sa jonque ornée de dragons et de phoenix, il vit soudain surgir devant la proue une tortue qui s'adressa à lui d'une voix humaine : " Lê Loi, mon Maître te prie de bien vouloir lui rendre son épée magique. Tu n'as plus besoin de ce présent de l'Empereur Lac Long Quân, puisque la paix et l'ordre règnent désormais dans le pays tout entier. "

Alors Lê Loi comprit enfin qui l'avait aidé quand il était dans le besoin : le souverain du Royaume des Eaux en personne. Il ôta l'épée de son ceinturon et la tendit à la tortue, qui disparut avec elle dans les profondeurs.

Depuis lors, le lac qui se trouve au centre de la ville d'Hanoi se nomme le Lac de l'épée restituée.